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Centre Goscinny, Octobre 2019
- 11/10 : Premier Atelier philosophique
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Réponse de M. Clouscard à C. Morilhat (1987)

Présentation de Dominique Pagani
     En 1987, le philosophe Claude Morilhat publie, dans la revue Société française, éditée à l'époque par l'Institut de recherches marxistes, un long article consacré à l’œuvre de Michel Clouscard ; en particulier à 3 de ses plus récentes et consécutives parutions – Le capitalisme de la séduction, La bête sauvage, De la  modernité : Rousseau ou Sartre (1) – celles qui, au dire même de leur auteur, constituent son propre « triptyque ».* 
    La recension de C. Morilhat alterne éloges et critiques, conformément à l’usage, avec une honnêteté intellectuelle saluée par Clouscard, qui n’hésite pas à le remercier, pour « Le très bon esprit de sa critique constructive ». 
     On ne peut mesurer l’éclair que fut cette timide éclaircie de reconnaissance, – au sein du « caveau d’insondable tristesse » (2) où se démenait M.C., à la plume ou « à la hache »* –, si on n’a pas eu quelque occasion de lire les rares passages où cette solitude se révèle, du fait même des immenses efforts d’éclaircissements qu’il déployait pour en sortir ! (3) 
    Non pas qu’il fut « seul », au sens social, voire intellectuel, du terme : outre les nombreuses et fidèles relations que lui octroyait sa généreuse et intense sociabilité, et nonobstant la reconnaissance académique accordée parfois par des étoiles à grande magnitude, V. Jankélévitch ou J.-P. Sartre entre autres… Il savait pouvoir disposer surtout, d’un entourage amical à toute épreuve (4). Mais cette intense complicité de proximité elle-même, ne suffisait pas à l’arracher à la solitude politique, où l’assignait l’absence de l’unique reconnaissance qu’il n’avait jamais cessé d’appeler, en chaque mot, chaque ligne, à chaque aller-retour de la charrue dans les sillons du cahier : celle qui serait venue de chez lui. 
    Non, pas de Gaillac, ou de Toulouse (il savait depuis toujours que « Nul n’est prophète en son pays ») mais, sinon de chez lui, du moins, de Chez soi, du Parti, celui de la résistance, de la Libération, du C.N.R, des camarades, soit, enfin, de « l’intellettuale organico ». Autant dire que privé de ce retour, cette solitude politique, pour un veilleur d’une pareille trempe, lui devenait ontologique
     C’est ainsi que parut, dans la même revue, en retour à l’article de C. Morilhat, la Réponse de Michel Clouscard, dont je n’hésite pas à garantir qu’elle constitue, à format égal – tout juste quelques pages – le manifeste à la fois le plus dense et le plus exhaustif de l’ensemble de son propos, et qu’il n’y a pas de meilleure introduction au reste de son œuvre, laquelle y acquiert même sa vérité d’y apparaître comme une immense contribution/prolongation, au/du matérialisme historique.(5 )
     « Je n’ai jamais prétendu, moi, re-lire Le Capital de telle manière qu’il soit ré-écrit en termes de philosophie. [Althusser] Tout au contraire, ma phénoménologie de la praxis ne le remet jamais en question. Je le considère comme acquis. Je ne donne dans aucun révisionnisme théorique. » 
     L’exceptionnelle réussite synthétique de cette Réponse... sa densité et sa grande clarté,(6) sont autant d’attributs qui en font le support idéal d’une reprise commentée, qui fait la matière du diptyque que nous vous proposons, en ces avant dernières semaines précédant l’arrière-saison, et la reprise de nos ateliers : deux vidéos qui sont appelées à se compléter, ou, si l’on préfère la référence musicale, une sorte de prélude et fugue. Le prélude ( qui est censé, formellement être la partie formellement la plus libre, telle une improvisation, est d’ores et déjà disponible sur notre chaîne. Dès la semaine suivante, le commentaire se fera plus serré – c’est bien ce qu’on attend d’une « fugue » –, au plus près de la lettre du texte, pour articuler enfin l’exceptionnelle systématicité du propos. 
      D. Pagani 
NOTES
(1) Ce dernier ouvrage a été réédité sous le titre : Critique du libéralisme libertaire.
(2) Baudelaire, Un fantôme.
(3) Je pense en particulier au pathétique significatif du dialogue avec l’honnête « critique » qui conclut Le Frivole et le Sérieux.
(4) Il serait injuste d’étendre cette plainte à l’ensemble de « l’appareil », pour parler comme les paresseux : Les Éditions Sociales (Messidor), suite à la perspicacité et au geste courageux de Richard Lagache, prirent le risque d’éditer dès 1981, Le capitalisme de la séduction, qui devint rapidement un livre culte dans le silencieux lectorat de la base.
(5)Ma mémoire reste singulièrement marquée par cette maîtrise conceptuelle, lorsque, remonté comme un ressort, il m'en lu les temps forts, par téléphone depuis Paris, tandis que je l'appelais depuis ma chambre d'hôtel, à Ouagadougou, où j'effectuais une mission comme délégué pédagogique.
(6) Les textes originaux (L’article de C.M., suivi de la réponse de M.C.), sont difficilement accessibles, tant pour la recherche que pour la lisibilité, dans les actes de Société française, N°25/Oct. Nov. Déc. 1987. En revanche on y accédera plus rapidement, et avec un bien meilleur confort de lecture, en se reportant au site quasi complet, et donc bien précieux, animé par Sylvain Bourgois : http://clouscard-alerte.org/index.php/2017/03/09/reponse-a-claude-morhillat-1987/
Première partie : vidéo du 16 Août 2019
Seconde partie : vidéo du 5 Septemgre 2019
PDF de l'article complet de Claude Morilhat (1986)
PDF de la réponse de M. Clouscard (1987)
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